samedi 16 juillet 2016

Quelques pauvres mots debout devant l'innommable



D’où vient la violence, je veux dire, où prend-elle naissance,
dans quel cœur dévasté, dans quel champ de ruines affectif ?
Où grandit elle jusqu’à maturité, jusqu’à ce moment
où elle se manifeste au monde pour laisser son ineffaçable marque,
dans quel désert, dans quelle zone morte ?

Comment un être humain, jadis un bébé
ouvrant ses yeux plissés et présentant sa face ridée au monde,
un petit garçon avide de jeux et de camaraderie,
un adolescent assoiffé d’exister, comment une personne,
à ce seul titre digne de respect, comment cette personne peut-elle,
un jour, une heure, un soir, une nuit, comment cette personne peut- elle en venir
à se muer en camion fou, en bombe ambulante, en détonation léthale,
comment une personne, cette personne, peut-elle se trouver à ce point coupée,
à ce point anesthésiée, à ce point ivre d’un vin infernal
qu’elle en arrive à se précipiter vers une mort sanglante
avec l’intention de décimer sur son passage femmes, bébés, enfants,
jeunes gens, inconnus qui chacun ont des parents,
proches, amoureux, progénitures,
qui aujourd’hui vont eux aussi être fauchés
par la nouvelle de leur élimination absurde … 

D’où vient la violence, où est elle, ma violence,
celle que je porte dans mes soubassements,
celle qui peut par un instinct primaire
monter dans mes affects et mes pensées
quand j’apprends semblable nouvelle au saut du lit ? 

Et mon amour, où est-il lui, mon amour,
celui qui m’est inhérent parce que je suis vivant,
que je suis venu à la vie ?
Où est-il cet amour qui reste et demeurera la réponse essentielle,
qui n’exclut aucune des autres (mesures, actions, précautions, réflexions …) 

Il n’est pas dans mes émotions lâchées comme des bêtes,
pas dans cette avidité d’images impudiques, de remplissage médiatique,
il n’est pas dans cette enfilade de vaines pensées
qui s’entrechoquent en pure perte.

Il est dans la retenue, l’ouverture au Plus Grand,
quelle qu’en soit ma petite conception, il est dans la dignité,
il est dans l’obstination à la démocratie, si imparfaite et frustrante,
et pourtant seul rempart collectif contre la barbarie,
il est dans le soin toujours renouvelé
que je vais mettre ce matin à sourire à mes voisins,
à ne pas m’impatienter comme un âne parce que je dois faire
une demi-heure la queue à la poste, il est dans cet apéritif inattendu
que m’offre l’antiquaire de la place de Saint Savin
chez qui je suis entré jeter un œil,
alors que je le rencontre pour la première fois,
 il est dans la foi sur laquelle je veillerai jalousement
au plus précieux de ma personne,
il est dans l’écoute que je donnerai tout à l’heure
aux uns et aux autres venus me consulter,
il est dans mon écriture, si dérisoire et si fière,
il est dans la poésie qui ne désarmera jamais,
il est dans le lien, les liens, tout ce qui relie
à rebours de cette affreuse séparation,
de cette épouvantable solitude
et de toutes les caricatures de fraternité
qu’elle engendre quand celui qui s’est perdu
en vient à se chercher dans une internationale de la mort .. 

Je ne veux pas qu’on recouvre d’un drap bleu
la tête de l’amour qui serait mort en moi ;
je ne veux pas que la foi qui m'habite et m’anime s’éparpille
en autant de cadavres qui jonchent un bord de mer ;
je ne veux pas que l’humanité reçue en partage
et qui ne subsiste que par le partage
finisse par être assourdie par le bruit des ambulances
convoquées par une violence dont on se demande
d'où elle vient et où elle va.

Gilles Farcet
.



Face à cette violence qui répand
la Peur,
continuons chaque jour,
inlassablement, obstinément,
à planter et arroser d'Amour
de petites graines d'Avenir et de Paix...
car aucun bébé
ne naît...terroriste.

La Licorne





2 commentaires:

  1. Merci La Licorne et merci pour la vidéo d'Isabelle !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. C'est moi qui te remercie, Acouphène...
      Sans toi, je n'aurais pas connu ce texte !

      Bonne fin de week-end .

      Supprimer