mercredi 31 mai 2017

Nommer l'ombre


 
"Ce que maintenant nous voyons est une ombre de ce qui doit venir" 
Sri Aurobindo
.
Nous sommes à une époque où beaucoup de philosophes,
 thérapeutes ou petits maîtres de sagesse
 jouent la rengaine « du bonheur à tout prix « ,
le tout relayé par le courant psychologique à la mode
 de la pensée positive « à tous crins », venant d’outre-atlantique.
 
Cette pensée positive du bonheur à tout prix me semble problématique et douteuse,
surtout quand elle déborde dans le domaine d’une spiritualité tellement bienheureuse
 qu’elle finit par sentir l’âcre parfum de l’eau de rose,
en particulier avec cette « pleine conscience »
 qui est en réalité « pleine à moitié »,
car il lui manque la partie essentielle du chemin de son évolution,
c’est à dire la nécessité pour chacun de traverser d’abord son Ombre.
 
Cela fait d’abord référence à ma pratique professionnelle en psychothérapie,
il s’agit de faire un long travail sur soi-même pour visiter sa part d’ombre,
afin de récupérer à la lumière de la Conscience,
toutes les zones obscures de l’Inconscient :
d’abord la programmation de l’archaïque cerveau reptilien-limbique,
faisant de chacun d’entre nous, un potentiel redoutable prédateur,
obnubilé par la survie, dans l’urgence, de son petit moi toujours en manque ;
ensuite vient la programmation des traumas et contrariétés infantiles,
– c’est souvent l’essentiel du travail psychothérapeutique -,
mais il faudrait aussi parler des redoutables programmations
 de la naissance et de la vie intra-utérine,
des encombrants bagages légués par les lignées psychogénérationnelles,
et pourquoi pas, comme le préconisent les traditions spirituelles orientales,
ce lourd « karma » hérité de nos vies antérieures ratées.
Le travail sur soi est immense, il n’est jamais terminé,
La Conscience n’en a jamais fini de récupérer ou d’intégrer
 toute cette inconscience humaine rendant son histoire si chaotique.

La Lumière n’en a jamais fini avec l’Ombre, son éternelle compagne de chemin,
et la pleine conscience signifie d’abord conscience de cette dualité Ombre – Lumière,
 qui est la marque obligée de la vie humaine sur cette terre.
 
Le pire ce sont les petits maîtres de sagesse quand ils professent la méditation
 et son plat bonheur du moment présent.
Bien sûr, il y a cette expérience méditative indéniable,
 procurant même chez le débutant une sorte de paix et de calme intérieur,
mais cela a plutôt à voir avec un état de relaxation physique, émotionnelle et mentale
 qui ne peut être qu’éphémère le temps de la méditation.

Sitôt de retour dans l’environnement coutumier, les tempêtes émotionnelles de l’ego
reprennent le dessus avec d’autant plus de violence
qu’elles ont été réprimées par ces pseudo méditations du bonheur,
c’est ce qu’on appelle aussi le redoutable retour du refoulé.
 
Pour moi,  la méditation commence donc par la méditation sur son ombre,
c’est à dire avec les états intérieurs problématiques,
avec lesquels il s’agit de s’entraîner, encore et encore, à accueillir, observer,
 accepter avec l’oeil de la Conscience, toutes les sensations, ressentis et pensées délétères.

C’est au contact de l’Ombre intérieure que la Lumière de la Conscience se raffermit
 et prend sa dimension réellement lumineuse,
de sorte que peu à peu Celle-ci intègre et transcende
 la dualité originelle du bien et du mal, de l’ombre et de la lumière
.
Cela veut dire que la pleine conscience n’est ni heureuse, ni malheureuse,
elle est les deux à la fois, dans un espace intérieur qui les transcende,
et qui se traduit le plus souvent par la qualité d’un certain silence,
accompagné d’un regard grave en même temps qu’ amusé et distancié.
Dans la continuité de cette critique du plat bonheur méditatif,
 voulant faire l’économie de l’ombre,
je citerai volontiers Fabrice Midal dans une récente newsletter :
« La spiritualité comme la psychologie apparaissent aujourd’hui comme des méthodes pour ne plus être en rapport à la douleur et regarder les choses de « manière positive ». Elles nous égarent. 
Car, étrangement, si nous lisons un poème de René Char, un livre de Proust ou que nous regardons un tableau de Cézanne, nous sentons qu’il y a un élément de douleur contenu dans ces œuvres. Si nous écoutons un quatuor de Mozart ou une sonate de Schubert, nous avons parfois les larmes aux yeux — mais cela ne nous inquiète nullement et nous éprouvons même cette expérience comme bénéfique.
Pourquoi une telle différence ? L’art est-il plus près ici de la vérité que la psychologie, que la spiritualité et qu’un certain discours social aujourd’hui prédominant ? »
Je renchéris avec lui sur l’exemple d’un certain art, le grand art, le « grand style »,
 comme dirait Nietzsche,
quand l’artiste n’a pas peur d’exprimer l’ombre –
c’est à dire les accents de la souffrance et de la douleur mêlées –
dans une expression artistique quelle qu’elle soit,
 conduisant sur le chemin d’une rédemption possible
 par la beauté et par l’harmonie.

L’oeuvre d’art n’en est alors que plus forte, n’en est que plus intense et plus vraie,
renouant avec la grande tradition grecque de la tragédie,
au plus près de la condition humaine entre chaos et cosmos,
avec ce chemin de la conscience, très étroit, semé d’embûches et d’épreuves.
C’est sans doute en pensant à tout cela que j’ai écrit il y a quelques années
ces poèmes ombreux,
en choisissant la voie de la poésie
comme si celle-ci dans son espace lacunaire,
me paraissait plus pertinente que toute réflexion philosophique ou psychologique.
 
Ecrire la poésie pour se refuser à la mode prosaïque de l’époque,
user de l’image, de la métaphore, du mystère, de l’approximatif et de l’intuitif,
 pour mieux nommer l’Ombre.
 

Le peuple de l’Ombre

«Je vous écris d’un pays autrefois clair.
Je vous écrit du pays du manteau et de l’ombre.»
              Henri Michaux
« Le chemin vers la lumière parait sombre…
la vraie clarté semble obscure… »
Lao-tseu   Tao tö King 41
« Celui qui refuse de voir les ombres
ne voit pas non plus la lumière »
Fabrice Midal
1
Là-bas
fin fond de l’espace
planète Terre
du côté des terrains vagues
et des friches en pleurs
du côté des cendres et de la poussière
non loin des déserts de pierres
vit un peuple obscur
tourné vers son ombre
on l’appelle le Peuple de l’Ombre.
2
Là-bas
planète Terre
en un coin reculé du cosmos
vit un peuple étrange
immature
toujours inquiet
toujours vêtu de noir
il aime s’entasser
dans la promiscuité de ses villes
il aime vivre en foule
pour former des cortèges de misère
on l’appelle le Peuple de l’Ombre.
3
On dit que le Peuple de l’Ombre
est né de la nuit primordiale
bien avant toute lumière
on dit aussi que ce peuple a chuté
d’un ancien royaume de lumière
chassé du paradis
par un démiurge malveillant
cette naissance hors de la matrice obscure
lui fait chérir l’opacité des limbes
choisir l’Ombre de l’inconscience.
4
Le Peuple de l’Ombre
est fasciné par le poids de la matière
son regard est tourné vers le bas
est-il riche et dans l’opulence ?
ce peuple aime accumuler les objets
jusqu’à l’asphyxie de ses déchets
est-il pauvre ?
il ne rêve que possessions et richesses
il s’exile toujours plus loin pour courir après des leurres
c’est un peuple jeune
immature
toujours inquiet
son regard est tourné vers le bas.
5
Le Peuple de l’Ombre est tombé
sous le charme trompeur de la matière
sa science dont il si fier
est hypnotisée par cette illusion
il en arrive même à penser que sa conscience
émane des neurones de son cerveau malade
telle une fumée opaque et mensongère.
6
Le Peuple de l’Ombre s’enorgueillit aussi
d’avoir inventé le nombre
il ne cesse de calculer
fébrilement son argent
avide de posséder toujours plus
sa science des chiffres
est le seul moule explicatif
pour comprendre  la magie du réel
et le rendre encore plus ombreux.
7
A l’ombre de ses mégapoles
derrière d’interminables murs
enfermé dans des cachots de pierre et de verre
à l’ombre des tunnels et des débarcadères
le long des routes envahies de parkings
sur des chemins implacables de fer
perdu dans l’enchevêtrement de ses désirs
la confusion de ses attentes
le Peuple de l’Ombre titube dans l’obscurité
de sa tragique histoire.
8
Enfermé dans des boîtes nommées bureaux
il aime traquer fiévreusement son ombre
sur une multitude d’écrans opaques
car le Peuple de l’Ombre aime l’obscurité
de ces lumières factices
où se reflète à l’infini
son ombre vacillante.
 
9
Le Peuple de l’Ombre
décidément n’aime pas la lumière
il s’enferme toute la journée
dans des salles obscures
où sur de grands écrans géants
il aime voir s’agiter la fureur
de ses accès de violences
hypnotisé par ces images
ces faux semblants mortifères
il vit dans un monde virtuel
où son ombre s’étend
toujours plus obscurément.
10
Le Peuple de l’Ombre ne regarde plus le ciel
depuis longtemps
cerné par de grands murs de pierre
caché derrière la virtualité de tous ses écrans
il s’est voilé la face
il se protège du mystère
de ces espaces infinis qui l’enserrent
il suit son chemin d’obscurité
au plus profond de la vallée.
11
Le Peuple de l’Ombre va mal
il se sent souvent déprimé angoissé
anxieux maniaque hystérique obsédé
alors il consulte une multitude de  “psys”
dont le travail consiste à lui faire visiter
son ombre.
12
Pour transformer l’ombre en lumière
il faudrait juste s’arrêter
rester là immobile
dans le moment présent
accueillir ce qui est là
en toute conscience
mais le Peuple de l’Ombre n’aime pas
cette immobilité qui l’angoisse et l’inquiète
il préfère s’agiter en foule avec fébrilité
dans l’ombre de ses villes.
13
Quand le Peuple de l’Ombre
se sera décidé à mâcher patiemment son ombre
alors peut-être passera-t-il enfin
dans la lumière,
empruntant l’étroit sentier
de la claire conscience
il prendra son envol
dans les hautes sphères.
14
Mais en vérité le Peuple de l’Ombre
n’est pas prêt à changer
il est là de toute éternité
pour permettre à la lumière
de jouer avec son ombre
il est le terreau
sur lequel à certains endroits
s’épanouissent parfois quelques fleurs rares
il fait partie de ce jeu mystérieux
consistant à faire sans cesse émerger de son Ombre
quelques éclats de la Lumière.
 

dimanche 28 mai 2017

Points de résistance

 
 

 
 
Lire et écrire sont deux points de résistance
à l'absolutisme du monde.
.
Christian Bobin
"Les ruines du ciel"
.

 

samedi 27 mai 2017

Poésie et pouvoir

 
  
Quand le pouvoir pousse l'homme à l'arrogance,
la poésie lui rappelle la richesse de l'existence.
Quand le pouvoir corrompt,
la poésie purifie.
.
.
Si la société évacue la poésie
comme mode d'expression non productif,
c'est peut-être que la poésie est un foyer de contestation,
une incompatibilité fondamentale
avec le système dominant ?
.
Jean Rouaud
.


jeudi 25 mai 2017

Le pouvoir des mots


 
 
La langue joue un rôle primordial dans l'exercice de la domination :
le pouvoir, conscient des limites de la force brute, s'évertue,
pour contrôler les esprits et les comportements, à contrôler les mots.
(...)
L'incarcération industrielle est d'abord l'enfermement
dans une langue rigide et impersonnelle
 comme un automate de station service.
 
Si me manquent les mots pour simplement identifier et nommer ce qui m'écrase,
me manquera du même coup la possibilité de penser mon émancipation,
 à plus forte raison d'y travailler
 
"Chaque année , de moins en moins de mots,
et le champ de la conscience de plus en plus restreint"
(George Orwell-1984)
 
L'impuissance -et la violence qui finit toujours par tenter d'y remédier -
commence par notre impuissance à dire ce qui nous arrive.
 La pensée et l'action sont tributaires de la langue,
sauf à accepter de ne plus laisser parler que tout ce qui, en nous impensé,
est le plus aisément manipulable (peurs, envies, pulsions).
 
Quoi de mieux pour faire accepter la machine et sa logique
qu'une langue elle-même mécanisée,
 tout entière vouée à l'industrialisation des consciences
 et à l'intériorisation des impératifs de la marchandise ?
 
Lorsque l'ordre établi l'est dans la langue, il l'est dans les esprits,
 plus rien ne le menace.


 
Tel est le but de la "nov'langue" :
outil d'asservissement des consciences, inventé par Orwell dans 1984,
elle est la langue de bois portée par l'esprit totalitaire à son expression la plus aboutie,
c'est-à-dire au stade d'une pétrification qui interdit toute pensée,
 étant entendu qu'une pensée digne de ce nom est nécessairement en mouvement
.
Ne voyez-vous pas que le véritable but de la novlangue
 est de restreindre les limites de la pensée ? affirme Syme,
un des concepteurs du dictionnaire de novlangue dans le roman.
Cette novlangue, loin d'être l'apanage exclusif des Etats totalitaires,
 accompagne dans nos industrielles la folie marchande
qui assigne le réel à résidence pour mieux l'évacuer,
le remplacer par ses ersatz et laisser le consommateur
face au vide d'une existence qu'il ne peut plus combler
 que de faux besoins et d'objets manufacturés.
Il voue alors à ces derniers le culte que vouaient jadis aux choses de la nature
ceux qu'il nomme avec mépris des "primitifs".
 
Priver l'homme des mots, c'est-à-dire de la capacité de donner du sens,
revient à le priver d'un monde concret et de la possibilité
 de s'extraire du spectacle de la marchandise.
S'attaquer au langage permet de soumettre l'individu, vide et malléable,
 aux impératifs immédiats de la survie consumériste.
allez, après ce matraquage, systématique depuis le plus jeune âge,
 lui retirer ses joujoux dans sa niche, ses gadgets et ses drogues,
 ou simplement lui expliquer
-et avec quels mots ?- que son mode de vie, son confort, sa jouissance,
ne pourront indéfiniment se prolonger sans menacer la survie de la planète,
 des espèces vivantes et la sienne.
 
La domination industrielle, totalitarisme "doux" et sournois,
 procède ainsi, pour se perpétuer,
 d'un véritable rapt de la conscience :
il s'agit de permettre et d'imposer
 l'intériorisation de la servitude en sorte qu'elle ne soit pas seulement
acceptée par résignation ou impuissance,
mais réclamée, qu'elle devienne "naturelle.
 
Or, contre cela, le langage est la première barrière. Ce travail d'intériorisation
passe nécessairement par le langage et la faculté symbolique.
Afin de permettre à chacun de remplir son intériorité
 des objets du monde magique de la consommation,
il n'est pas d'autre chemin, pour commencer,
 que de vider la langue de son contenu et de ses fonctions,
 de faire tomber cet obstacle qu'est la faculté symbolique, qui tient à distance,
et, dans l'écart ainsi créé entre le mot et la chose, permet de dire et de penser.
 
Pas d'autre chemin, donc, que d'en finir avec cet archaïque idéalisme
 qui consistait à donner du sens aux sons qui sortent de nos bouches 
 et du sens à ce qui nous entoure.
Ainsi s'assure-t-on que l'individu collera parfaitement
 au monde factice des écrans.
 
D'où l'urgence, pour tous les pouvoirs,
 de détruire les mots et la langue dans son ensemble :
"C'est une belle chose, la destruction des mots" dit encore Syme.
Une langue déstructurée, c'est une réalité et un individu déstructurés,
un individu privé de repères et de sa capacité à les construire,
privé de lui-même, qui ne s'en raccrochera que plus facilement
 aux hochets de la consommation qui tournent sans fin
au-dessus de son berceau où on le maintient.
 
 Comme l'écrivait Günther Anders,
 dont la pensée est souvent cousine de celle d'Orwell :
 
"La vie et l'homme deviennent eux aussi plus grossiers et plus pauvres,
 parce que le "cœur" de l'homme -sa richesse et sa subtilité-
 perd toute consistance sans la richesse et la subtilité du discours;
 car la langue n'est pas seulement l'expression de l'homme,
mais l'homme est aussi le produit de son langage;
 
 bref, parce que l'homme est articulé comme lui-même articule,
 et se désarticule quand il cesse d'articuler."
.
Stéphane Leménorel
"George Orwell ou la vie ordinaire"
.

 

samedi 13 mai 2017

Réinventer la démocratie




On en a très peu parlé dans les médias,
mais ces dernières années,
il s'est passé quelque chose
d'extrêmement intéressant
en Islande :
.
Après la crise de 2008,
le peuple a fait démissionner
un gouvernement au grand complet.

Les principales banques ont été nationalisées
et il a été décidé de ne pas payer la dette
qu’elles avaient contractée auprès de banques
en Grande Bretagne et en Hollande,
dette générée par leur mauvaise politique financière.
.
Ensuite, une nouvelle constitution a été rédigée...
d'une façon tout à fait nouvelle :

Du "jamais vu"...!!!

Une révolution pacifique
et une belle leçon de "vraie démocratie"
pour les autres pays !
.
(lire les détails sous les liens)
.
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vendredi 12 mai 2017

Constitution




Je fais comme Hippocrate. 
Je cherche à remonter à la cause des causes. 
Il est vain de s’en prendre aux conséquences.
.
Ceux qui rédigent les Constitutions 
pensent d’abord à préserver leurs intérêts.
.
La logique de l’Union européenne et des entreprises, 
c’est des salariés privés de moyens de résistance 
qui doivent se contenter des rémunérations les plus basses possibles.

Le bout du bout de cette logique, c’est les camps de travail. 
C’est bien plus dur de se battre contre ça
que contre le fascisme à la papa.
.
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mercredi 10 mai 2017

Légalité et légitimité



Prenez le relais, indignez-vous !
Les responsables politiques, économiques, intellectuels
et l'ensemble de la société ne doivent pas démissionner,
 ni se laisser impressionner
par l'actuelle dictature internationale des marchés financiers
qui menace la paix et la démocratie.

Je vous souhaite à tous, à chacun d'entre vous,
d'avoir votre motif d'indignation.
C'est précieux.
Quand quelque chose vous indigne,
comme j'ai été indigné par le nazisme,
alors on devient militant, fort et engagé.

On rejoint le courant de l'histoire
et le grand courant de l'histoire doit se poursuivre grâce à chacun.
Et ce courant va vers plus de justice, plus de liberté,
mais pas cette liberté incontrôlée du renard dans le poulailler.
.
Stéphane Hessel 
 "Indignez-vous ! "
.


Je souligne toujours l'écart entre légalité et légitimité. 
Je considère la légitimité des valeurs 
plus importante que la légalité d'un État. 

Nous avons le devoir de mettre en cause, 
en tant que citoyens, la légalité d'un gouvernement.

Nous devons être respectueux de la démocratie, 
mais quand quelque chose nous apparaît non légitime, 
même si c'est légal, il nous appartient de protester, 
de nous indigner et de désobéir.
.
.




mardi 9 mai 2017

Il le disait déjà...



Un pays bien organisé est celui où le petit nombre 
fait travailler le grand nombre, 
est nourri par lui, et le gouverne.
.
L'art de gouverner consiste à prendre le plus d'argent possible
à une catégorie de citoyens afin de le donner à une autre.
.
La politique a sa source dans la perversité
plus que dans la grandeur de l'esprit humain.
.
Si l'homme est créé libre, il doit se gouverner ;
Si l'homme a des tyrans, il doit les détrôner.
.
.


Parfois un petit dessin
vaut mieux qu'un grand discours :

C'était en 1911...
la version actuelle est ICI
.




lundi 8 mai 2017

Différence



Il faut dire et redire une chose méconnue et peu enseignée :
En France, nous sommes dans un Etat représentatif...
et non dans un Etat démocratique,
ainsi qu'on nous le serine à longueur de journée.

Or, la différence est de taille...
et l'abbé Sieyes,
l'un des pères de la Révolution française
l'avait bien compris :
.
"Les citoyens qui se nomment des représentants renoncent 
et doivent renoncer à faire eux-mêmes la loi ; 
ils n’ont pas de volonté particulière à imposer. 

S’ils dictaient des volontés, 
la France ne serait plus cet État représentatif ; 
ce serait un État démocratique. 
Le peuple, je le répète, 
dans un pays qui n’est pas une démocratie 
(et la France ne saurait l’être), 
le peuple ne peut parler, 
ne peut agir que par ses représentants."
.
Emmanuel-Joseph Sieyès
7 septembre 1789
.

En somme, on nous octroie généreusement
le droit de choisir nos maîtres
(ou...nos bourreaux),
qui, ensuite, font à peu près...
ce qu'ils veulent !
.
La Licorne
.



dimanche 7 mai 2017

Les futurs possibles




Et si l'on arrêtait de confier notre avenir
à de soi-disant "spécialistes" ?
Et si nous nous en occupions nous-mêmes ?



Que l’avenir ne soit plus ce qui va arriver,
mais ce que nous allons en faire.
.
Henri Bergson
.



samedi 6 mai 2017

Sortir du cadre




En psychologie, il existe des situations "impossibles", 
qu'on appelle situations de "double contrainte".

Rappelons que le propre des doubles contraintes 
est de placer celui qui les subit dans une situation perdant-perdant.
La personne est sommée de répondre à des injonctions, 
mais dans la réalité, quoiqu'elle fasse (qu'elle "obéisse" ou non),
 elle sera en tort.

Deux injonctions contradictoires
(perçues comme d’égale importance)
 s’affrontent dans l’esprit d’un sujet,
qui est acculé à une "situation sans solution".

C'est très déstabilisant
et cela peut même conduire à la folie
ou à la paralysie.

La seule façon d'en sortir, c'est d'être inventif
et de "sortir du cadre"...


Exemple de "sortie de cadre créative :

Reliez les 9 points de la figure ci-dessous, 
à l'aide de 4 droites de longueur égale, 
sans jamais lever le crayon.



Situation impossible ?
.
La solution : sortir du cadre,
trois fois



.
La Licorne
.




jeudi 4 mai 2017

Puissance d'illusion



"Un état totalitaire vraiment efficient serait celui dans lequel
 le tout-puissant comité exécutif des chefs politiques et de leur armée de directeurs 
aurait la haute main sur une population d’esclaves qu’il serait inutile de contraindre, 
parce qu’ils auraient l’amour de leur servitude.
La leur faire aimer — telle est la tâche assignée dans les États totalitaires d’aujourd’hui 
aux ministères de la Propagande, aux rédacteurs en chefs des journaux 
et aux maîtres d’école." 
.
"Le Meilleur des mondes" 
.
C'est bien parce que les frontières mentales doivent être
 surveillées par des chiens de garde 
que 80 % des médias français appartiennent à neuf milliardaires !
Qu'il est à la fois délectable et détestable le spectacle de ces journalistes 
qui associent en eux l'hypocrisie du courtisan, l'arrogance du faux-savant 
à la posture transgressive du dissident.
 "Encore un siècle de journalisme, écrivait Nietzsche, 
et tous les mots pueront". 
Nous y sommes et l'air du temps est bien pollué mentalement !... 

Plus l’échange marchand étend son empire à toutes les dimensions de la vie 
et plus la société du spectacle approfondit son emprise. 
Véhiculé par la publicité et les médias,
la colonisation des consciences par l’imaginaire marchand 
est un crime contre l’esprit de l’humanité.

Internet a transformé le monde en une immense salle de rédaction 
où chacun se fait le chroniqueur appliqué, précis et méticuleux de sa propre aliénation.

Aujourd’hui, le buzz est devenue partie prenante du business. 
En obéissant aux lois de la valorisation qui sont celles du marché, 
les médias de masse sont à l’origine de ce cercle vicieux qui transforme 
l’audience en notoriété, la notoriété en image, l’image en valeur marchande 
et la valeur marchande en audience.

Le plus grand succès de notre civilisation moderne est d'avoir su 
mettre au service de ses dirigeants 
une incomparable puissance d'illusion. 
Gianfranco Censor
.
Olivier Breteau
.


Langage politique




De nos jours, le discours politique est en grande partie
 la défense de l'indéfendable.
(…) 
Le langage politique doit donc être en grande partie 
composé d'euphémismes, de questions rhétoriques
et de pur flou brumeux.
.

Le langage politique est destiné à rendre vraisemblable les mensonges,
respectables les meurtres 
et à donner l'apparence de la solidité à ce qui n'est que vent.
.

A une époque de tromperie universelle,
dire la vérité est un acte révolutionnaire.

George Orwell
.


mercredi 3 mai 2017

Pour une nouvelle société à venir




« Ami, entends-tu le frisson de nos âmes qui s’éveillent ? » 

Tel pourrait être le chant, ou pour commencer le murmure, 
de toutes celles et ceux qui, comme moi, 
en ont assez d’errer dans des vies privées de sens profond. 
Des vies où l’accumulation d’argent, de biens, de divertissements et de technologies, 
ne rend pas heureux ceux qui en jouissent, 
et se fait au prix de trop d’inégalités et de conflits à toutes les échelles.

Des vies dépourvues de liberté réelle parce qu’encore trop asservies par le travail 
et trop consumées à consommer. 
Des vies que ni la politique ni les religions, quand elles se muent en idéologies, 
n’arrivent plus à relier les unes aux autres 
au-delà des frontières de classe sociale ou de croyance. 
Des vies trop inconsistantes à cause de tout cela, 
et dont je sens bien qu’elles ne sont pas à la hauteur 
de ce qui fait ma grandeur et ma dignité d’être humain. 

Mais comment donner un sens profond à mon existence, à nos existences ? 
En faisant droit à notre dimension spirituelle. 
Selon la vision la plus simple, libre et universelle du spirituel 
comme culture de tout ce qui nous fait grandir en humanité. 

Cultiver le lien à soi : s’épanouir et s’accomplir à partir du dedans, 
se trouver en se dépassant, exprimer sa singularité et ses aspirations propres 
au lieu de rester prisonnier du système. 

Cultiver le lien à l’autre : remplacer la petitesse du « chacun pour soi » 
par une fraternité et une coopération où nous nous entraidons tous à créer nos vies. 
Cultiver le lien à la nature : apprendre ou réapprendre à contempler la beauté du monde
 et à vivre en harmonie avec l’ensemble du vivant. 
Je veux que soit reconnue mon aspiration à vivre selon ce triple lien, 
qui libère mes forces intérieures et qui seul peut m’ouvrir 
aux plus vastes horizons de conscience et de vie. 
Je veux, avec tous ceux qui en sentent l’urgente nécessité, 
proclamer cette vie bien reliée comme droit spirituel inaliénable 
de tout être humain. 

Notre lutte pour ce nouveau droit s’inscrit dans le prolongement 
de tous les grands combats historiques pour les droits sociaux et politiques. 
Ce droit spirituel est le couronnement à venir des Droits de l’Homme, 
le seul à pouvoir relancer partout dans le monde la dynamique de leur réalisation.

Je suis, nous sommes convaincus que seule sa proclamation 
peut nous offrir le grand projet de civilisation dont l’absence laisse aujourd’hui 
s’étendre un terrible désert de sens 
où prolifèrent les désenchantements, les tentations de retour en arrière 
et les radicalités.

Nuit debout

Nous sommes déjà nombreuses et nombreux à nous engager dans cette lutte. 
De plus en plus nombreux à vouloir être les relieurs, tisseurs, tisserands du monde qui vient. 
De quoi avons-nous besoin maintenant ? 
De connecter tous nos engagements pour qu’ils s’inspirent les uns les autres ! 
De prendre conscience de notre nombre et confiance en notre force !

Car nous sommes déjà beaucoup plus forts que l’ordre en place ! 

Et nous le serons plus encore demain, à condition d’être capables 
de donner à cet objectif de la vie bien reliée autant d’expressions concrètes 
– partout où nous sommes - dans nos modes de vie, l’éducation de nos enfants,
 l’organisation du travail, la justice sociale, l’écologie, 
la gouvernance de la France, de l’Europe et du monde !

Voilà le grand défi, inséparablement spirituel et politique, 
qui nous est proposé à travers toutes les crises de notre temps ! 
Nous nous y engageons avec courage, détermination et espérance 
- et nous allons réussir. 
.
Ce texte est co-signé par : 
Kévin André, Abdennour Bidar, Adam Bidar, Amin Bidar, 
Diane Binder, Marine Bonté, Benjamin Charbit, Eva Collet, Stanislas Coppin, 
Eric De Kermel, Shani Diluka, Amel Haydock, Virginie Larousse, 
Isabelle Lonvis-Rome, Gabriel Le Magadure, Agathe Maire, Sophie Marinopoulos, 
Luc Mory, Caroline Olezac, Anne-Sophie Plard, Sonia Pollissard, 
Pierre Servan-Schreiber, Henri Trubert, Eric Vinson, Inès Weber. 
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